-acé


-acé

⇒-ACE, -ASSE, suff.
Suff. à valeur augm. ou péj., formateur d'adj. et de subst.
A.— Ajoute ordinairement une nuance soit augmentative (idée d'abondance), soit péjorative
1. Augmentative
a) Substantif :
bannasse « grand panier » (banne)
galéaace/galéasse « grande galère »
grêlasse « grosse grêle »
liasse « tas de papiers liés ensemble »
rosace « grande rose »
b) Adjectif :
loquace « qui parle beaucoup et volontiers »
sagace « qui a l'odorat subtil »
tenace « qui tient fermement, qui s'accroche »
vivace « qui résiste fortement, qui se maintient »
2. Péjorative
a) Subst. (animé ou coll. de l'animé) :
canasse « gens de bas étage »
crapouillasse « grande crapule »
fillasse « mauvaise fille »
pédantasse « mauvais pédant »
populace « peuple » (avec mépris)
pouillasse « grand pouilleux »
savantasse « pédant qui joue les savants »
b) Subst. (inanimé) :
bancasse MAR., « coffre servant de banquette de lit »
brinasse « seconde qualité d'étoupe (brin) »
caillasse « pierraille »
cognasse « coing sauvage »
godasse « pop., chaussure »
lavasse « mauvais liquide »
milliasse « p. plaisant. quantité immense »
Cf. grimace « contorsion du visage »
ragougnasse « mauvais ragoût, cuisine infecte »
villace « grande ville mal peuplée et mal bâtie »
vinasse « mauvais vin, à demi aigri »
c) Adjectif :
blondasse « d'un vilain blond (des cheveux blondasses) »
cocasse « primitivement var. péj. de coquard, coq », « vaniteux »
fadasse « qui a une fadeur déplaisante »
hommasse « [en parlant d'une femme] qui ressemble à un homme »
mollasse « trop flasque, qui manque d'énergie »
B.— Certains dérivés en -ace/-asse ne présentent pas cette valeur :
1. Le sens du suff. est complètement obscurci, et le dér. est un dimin. :
brumasse « petite brume »
grainasse/grenasse « petit grain de vent »
mulasse « jeune mule, mulet »
2. Qqf. il sert à former des termes sans aucune coloration péj. ou augm., termes techn., termes de mét., termes de sc. naturelles... :
cardasse « peigne pour la bourre de soie »
cuirasse « arme défensive qui recouvre le buste »
escargasse « démêloir à la forme d'escargot »
ferrasse « coffre en tôle »
limace « mollusque »
rubace « terme de joaillier, rubis de couleur claire »
rubasse « quartz coloré en rouge naturellement ou artificiellement »
3. Plusieurs subst. en -ace/-asse, mais dont la plupart ne sont des dér. ni synchroniquement, ni historiquement, servent à désigner des oiseaux :
agace « la pie »
agasse « la pie »
ageasse « la pie »
calouasse « la pie »
craouillasse « la pie »
darnagasse « la pie »
jacasse « la pie »
jocasse « la grive »
bécasse
scolopace (LITTRÉ)
trijasse (Littré)
Rem. Chacune des var. graph. -ace et -asse s'accole à des subst., à des verbes et à des adj. pour former des subst. ou d'autres adj.
a) S'accole à un subst. pour former un subst. :
banne > bannasse
barque > barcasse
bec > bécasse
brume > brumasse
coing > cognasse
corne > cornasse
cuir > cuirasse
cul > culasse
fille > fillasse
grain > grenasse/grainasse
grêle > grêlasse
miel > mélasse
mill(ion) > milliasse
paille > paillasse
paon > paonace
papier > paperasse
pin > pinace
plume > plumace
rose > rosace
teigne > teignasse/tignasse
terre > terrasse
ville > villace
vin > vinasse
b) S'accole à un subst. pour former un adj. (substantivable) :
homme > hommasse
pédant > pédantasse
c) S'accole à un adj. pour former un adj. :
blond > blondasse
fade > fadasse
laid > laidasse
lourd > lourdasse
mou > mollasse
vif > vivace
d) S'accole à un verbe pour former un subst. :
chier > chiasse
crever > crevasse
laver > lavasse
lier > liasse
tirer > tirasse
traîner > traînasse
Prononc. :[-as].
Morphol. — La termin. -ace/-asse se combine avec d'autres suff.
a) La graph. -ace qui est la forme sav. occupe souvent la position d'infixe dans des subst. fém. désignant une qualité :
efficace/efficacité
inefficace/inefficacité
loquace/loquacité
perspicace/perspicacité
pugnace/pugnacité
sagace/sagacité
salace/salacité
tenace/tenacité
vivace/vivacité
b) Au contraire, la graph. -asse, de caractère plus pop., occupe la position d'infixe dans certains subst. concr. :
cocasse/cocasserie
cognasse/cognassier
dégueulasse/dégueulasserie
limace/limaçon
mulasse/mulassier
paillasse/paillasson
paperasse/paperasserie
Étymol. ET HIST.
A.— Étymologie
1. Lat. -acea (lat. vulg. -acia) :
bonace (1220) < bonacia (lat. pop.)
fallace (XIIIe) < fallacia « ruse, tromperie »
filasse (1160) < filace < filacea < filum « fil »
fouace (XIIe) ou fougasse < focacea < focus
2. Lat. -ax/-acis :
a) contumace (subst. XIIIe — adj. 1392) ou contumax « absent, défaillant en parlant de l'accusé » < contumax, contumacia
donace ou donax < donax « petit mollusque »
efficacité (1327) < efficace (1155) < efficax, -acis « qui produit de l'effet »
fugacité (1827) < fugace (1550) < fugax, -acis < fugere « fuir »
limace (1175) < limacia < limax, -acis « limace, colimaçon »
b) loquace (1764)/loquacité (1466) < loquax, loquacitas « bavardage »
pugnace (1842)/pugnacité (1820) < pugnax, pugnacis < pugnare « combattre »
sagace (1495)/sagacité (1444) < sagax, sagacitas « odorat subtil »
salace (1555)/salacité (1560) < salax « lubrique », salacitas
tenace (1501)/ténacité (1488) < tenax, tenacitas < tenere « tenir »
vivace (1496)/vivacité (1488) < vivax, vivacitas « vitalité, vivacité »
vorace (1603)/voracité (XIVe) < vorax, voracitas < vorare « dévorer »
Rem. 1. Bonace « calme de la mer » < lat. pop. bonacia, sur malacia « calme de la mer » < gr. malakia, analysé en malus + acea et refait sur bonus à cause du sens. Cf. ital. bonaccia, prov. bonassa, même sens. Ce mot est empl. adjectivement : une mer bonasse « une mer calme ». D'où, peut-être sous l'influence de l'ital., caractère bonasse.
Rem. 2. Substitution de suff. :
caillasse < caillou — cf. cailloutis
cocasse < coquard « coq » encore dans les pat.
fougasse < fougade < ital. fogata
grimace < grimmiche < grime
milliasse < million
Etymol. douteuse :
carcasse (1550) < charcois, carcois (?)
jocasse (1775) « grosse grive » — peut-être du frq. , juc « perchoir »
B.— Finales homophones
1. (Angl.) lovelace, palace, wallace
2. (All.) agasse, perlasse, potasse, védasse
3. (Provençal)
bagasse/bagace (XVIe) < prov. bagasse « prostituée » — cf. ital. bagascia, esp. bagase (tige de canne à sucre)
patarasse (1687) < prov. patarasso < germ. paita « morceau d'étoffe » (DAUZAT 1964)
rascasse (1554 — DAUZAT 1964) < prov. rascasso < rasco « teigne » (poisson à grosse tête hérissée d'épines)
4. (Italien)
galéasse/galéace (1402 — BL.-W.4) < ital. galeazza « grande galère »
morasse (1845 — BL.-W.4) terme de typogr., peut-être de l'ital. moraccio « noiraud »
paillasse (subst. masc. XVIIIe — DAUZAT) « bateleur » < ital. pagliaccio, personnage du théâtre ital.
strasse (1690 — DAUZAT) « bourre de soie » < ital. straccio « chiffon »
5. (Gr.) borasse (1830 — Ac.) < gr. borassos « dattes »
calebasse (1555 — BL.-W.4) < esp. calabaza (1542, calabasse) « fruit pouvant servir de récipient »
mélasse (1664 — BL.-W. melasche, 1508) < esp. melaza de mel « miel »
pinasse (1461 — BL.-W.4) < prob. esp. pinaza dér. de pino « pin » (embarcation à fond plat)
7. (Frq.) échasse (XIIe — BL.-W.4, DAUZAT) au Moy. Âge eschace « jambe de bois, bâton » < frq. skakja, verbe skakan « courir vite » — cf. prov. escassa « béquille »
8. (Port.) sargasse (1604 — BL.-W.4) < port. sargaço « variété de ciste et par ressemblance algue marine » < lat. salix, salicis « saule »
Rem. 1. Pour qq. subst. on a hésité entre -as et -asse/-ace :
brouillas/brouillasse
dégueulas/dégueulasse
populas/populace
Doublets graph. (entre parenthèses les formes qui paraissent inusitées) :
agace ou agasse
(bagace) ou bagasse
bonace ou bonasse (bonace est de préférence subst., l'adj. s'écrit bonasse)
(culace) ou culasse
(filace) ou filasse
galéace ou galéasse
(hommace) ou hommasse
mollace ou mollasse
(pinace) ou pinasse
villace ou villasse
(vinace) ou vinasse
Rem. 2. NYROP t. 3 1936 se demande par quelle voie on est arrivé à employer au masc. des adj. ayant la termin. fém. -asse (blondasse, bonasse, cocasse, fadasse, hommasse, laidasse, mollasse, savantasse, vx fr. mulace, riace), et pense qu',,il faut probablement supposer que les plus anciens de ces mots ne se sont employés d'abord qu'avec des substantifs féminins : la mer bonasse, une femme hommasse, et qu'ensuite la terminaison -asse s'est pour ainsi dire pétrifiée et a été étendue aussi au masculin : un garçon hommasse, un trait hommasse.`` Il ajoute qu',,on pourrait peut-être aussi penser que des mots tels que hommasse, riace, ont été primitivement des substantifs féminins qu'on avait employés sans changement comme appositions : une hommasseune femme hommasseun garçon hommasse; ce serait ainsi la même combinaison que dans une femme médecin.`` Enfin il rappelle ,,qu'on a essayé de réagir contre l'emploi de -asse au masculin en créant une forme en -as (fadas et savantas sans doute à l'imitation des formes méridionales — cf. prov. sabentas)``, que ,,Molière et La Bruyère se servent encore de savantas`` et que ,,Le Larousse universel donne dégueulas à côté de dégueulasse`` (NYROP t. 3 1936, p. 101).
C.— Productivité. — Les créations nouv. ne sont pas très nombreuses (cf. DARM. 1877, p. 91 : ,,Je ne vois à citer que cocasse qui date de notre siècle``). On notera cependant :
fouillasse dans le sens de « fouillis »
fainéassecf. fainéant
godasse < godillot
jaunasse < jaune
marmelassecf. marmelade
ragougnasse < ragoût
ragouillasse < ragoût
vinasse 1836 (DAUZAT 1964)
pugnace 1842 (ibid.)
brouillasse 1842 (ibid.)
caillasse 1864 (ibid.)
bourbasse < (LITTRÉ Suppl. 1877)
bourdonnasse < (LITTRÉ Suppl. 1877)
boutasse < (LITTRÉ Suppl. 1877)
escargasse < (LITTRÉ Suppl. 1877)
favasse < (LITTRÉ Suppl. 1877)
grêlasse < (LITTRÉ Suppl. 1877)
rubasse < (LITTRÉ Suppl. 1877)
godasse 1881 (BL.-W.4.)
D.— Productivité du suffixe à différentes époques du fr. :
XIIe s. :
bécasse (BL.-W.4, DAUZAT 1964); crevasse (ibid.)
1160 filasse (DAUZAT)
1170 liasse, au sens de « faisceau » (BL.-W.)
XIIIe s. :
mulasse (ibid., DAUZAT)
1250 paillasse (BL.-W.4, DAUZAT)
1266 cuirasse (ibid.)
XIVe s. :
hommasse (ibid.); grimace (BL.-W.4); molasse « grès tendre » (ibid.)
1368 gougasse (ibid., DAUZAT)
XVe s. :
lavasse « pluie » (BL.-W.4, DAUZAT); brumasse (DAUZAT)
1479 milliasse (BL.-W.4)
1496 vivace (ibid.)
XVIe s. :
1501 tenace (ibid.)
1547 rosace (ibid.)
1549 coriace (ibid.)
1555 salace (ibid., DAUZAT)
1555 populace (BL.-W.4)
1578 chiasse (ibid.)
1581 culasse (écrit -ace) (ibid.)
1588 paperasse (ibid.; 1553 — DAUZAT)
XVIIe s. :
1603 vorace (BL.-W.4)
1646 savantasse (d'abord savantas) (ibid.)
1680 tignasse (ibid., DAUZAT)
1680 traînasse (BL.-W.4)
XVIIIe s. :
1700 blondasse (ibid.)
1726 fugace (ibid.)
1739 cocasse (DAUZAT; 1752 — BL.-W.4)
1761 fadasse (BL.-W.4)
1762 teignasse (ibid.)
1765 ferrasse (DAUZAT)
1765 vinasse (cf, 1836) « vin à demi aigri » (BL.-W.4, DAUZAT)
BBG. — DAUZAT Ling. fr. 1946, pp. 324-325.

-acé, -acées
Élément, du lat. -aceus (et, pour -acées, de -aceae, fém. plur. de -aceus) « appartenant à », utilisé pour former les noms de familles, en botanique.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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